Les fondements théoriques
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La Maison buissonnière s’est bâtie initialement à partir du modèle théorique du développement de l’enfant élaboré par Françoise Dolto. Elle se fonde également sur l’expérience de la Maison verte, créée à Paris dans les années 70 par Dolto, en collaboration avec un groupe de psychanalystes et d’éducateurs. D’autres courants de pensée psychanalytique ont ensuite nourri notre pratique, en particulier celles de Donald W. Winnicott et de Jacques Lacan.
Comme à la Maison verte, nous recevons des enfants d’âge préœdipien et offrons une écoute psychanalytique aux demandes et difficultés des familles. Cette écoute est dégagée de tout contexte de cure ou de thérapie. L’enfant est notre interlocuteur privilégié. Aussi jeune soit-il, nous l’accueillons comme un être à part entière. Nous parlons à l’enfant, plutôt que de parler de l’enfant. Nous sommes également à l’écoute de ce que l’enfant signifie par le langage de son corps, ses jeux symboliques et ses comportements. Ainsi, nous cherchons à comprendre avec lui les situations dans lesquelles il est engagé ou celles dont il est témoin.
L’adulte qui accompagne l’enfant - le parent ou son délégué - est là avec lui, garant de son identité. Sa présence permet que l’enfant, plongé dans la vie sociale, ne perde pas le sentiment de la continuité de son existence. Elle permet aussi que l’enfant trouve du réconfort et de l’aide pour se reconstruire lorsque, du fait d’une tentative échouée, d’une collision avec un autre, d’une expérience malheureuse ou trop audacieuse, il se sente défait.
En ce lieu d’accueil, nous nous référons au concept de l’Image inconsciente du corps, tel que développé par Dolto à partir de son expérience de travail avec les enfants et les nourrissons. Cette dernière appelle Image inconsciente du corps, le mode d’être dans le monde qui se développe progressivement chez le nourrisson et le petit enfant sur la base des échanges affectifs avec son entourage et qui devient la façon spécifique et particulière à chacun d’être dans sa peau et d’établir des liens avec d’autres. Elle n’est donc pas vraiment une image, mais la représentation de soi en lien avec d’autres. C’est, entre autres, à partir de ce concept que nous tentons de comprendre les manifestations des enfants.
Au fur et à mesure de l’évolution de l’enfant, en accord avec le développement du schéma corporel, ses besoins et désirs devraient être comblés par des modes de satisfaction de plus en plus évolués. C’est l’abandon nécessaire de modes de satisfaction périmés que Françoise Dolto appelle castration. Elle différencie les castrations symboligènes promotionnantes pour l’enfant, des castrations mutilantes sur le plan psychique. Ainsi, le passage d’un mode de relation à un autre, se doit d’être toujours progressif, initié lorsque l’enfant est prêt et accompagné par une parole qui aide l’enfant à intégrer et symboliser les échanges et expériences sensorielles. À La Maison buissonnière, les règles de fonctionnement qui doivent être respectées de tous jouent cette fonction « de castration ». Les enfants ne peuvent pas donner libre cours à leurs désirs tout-puissants, les parents et les accueillants ne peuvent non plus suivre leur bon vouloir – une loi sociale propre à l’endroit régit le fonctionnement de tous.
La pratique à La Maison buissonnière se situe également dans la suite des phénomènes transitionnels, tels que définis par D.W. Winnicott. Ce dernier soutient qu’à un stade très primitif, l’immaturité du moi du nourrisson est d’abord compensée par le support du moi offert par la mère effectivement présente. Ensuite, par sa propre activité, le bébé trouve un objet (l’objet transitionnel) qui lui permettra de se passer, par moments, de la présence effective de la mère. Puis vient le temps où le bébé intériorise cette mère, support du moi, et devient ainsi capable d’être seul sans recourir à tout moment à la mère ou au symbole maternel. La Maison buissonnière, en offrant un espace où les expériences sociales des tout-petits peuvent être marquées de la présence maternelle (ou de celle de ses familiers), vient donc favoriser le lent processus d’autonomisation et la capacité de l’enfant à être seul en présence sa mère.

