Comment le langage « des grands » s'inscrit-il dans la tête et le corps « des petits » ? Loin de moi le maniement d'une théorie quelconque pour apporter quelques preuves rigoureuses au fait que les bébés comprennent quand on leur parle.

Seulement, à ce sujet, il me reste quelques souvenirs d'un article de Dolto où il était dit que la parole vraie agissait pour le bébé (et pour le malade dans le coma) comme la pièce manquante d'un puzzle. Cette pièce-clé permet de compléter le puzzle permettant ainsi à l'enfant de s'extirper de ce qui lui arrive d'heureux ou de malheureux. Transcendance... Ça serait ça, comprendre...

La parole vraie est magique, disait Dolto. De tout ça, je me fais une idée bien primaire en pensant que les sens (pourtant mal aiguisés) du bébé perçoivent la qualité de la parole que les adultes lui adressent. La part du bébé qui veut chaque jour davantage venir au monde s'abreuve d'une parole d'adulte qui le considère comme une personne à part entière et non comme un inanimé, un inexistant, un support à fantasme.

Le corps du bébé capte donc un regard, entend la musique des mots de l'adulte. Les vibrations phonétiques des mots des adultes qui lui parlent l'impressionnent ; cela pour le meilleur et pour le pire. Les mots sont porteurs de nos désirs. La musique de nos mots est imprégnée de ce qui en nous, aliène et/ou libère autrui. Et le désir de l'adulte qu'un enfant soit lui-même rejoint le désir propre de l'enfant de vivre. Cette musique des phonèmes est particulièrement vivifiante, nourrissante pour le tout-petit lorsqu'un adulte est capable de lui parler vraiment, sans trop de détours et de mensonges.

Télépathie ? Intuition géniale propre à la pensée du bébé, voire du fœtus ? En tout cas, une multitude d'expériences attestent indubitablement que c'est comme si l'enfant comprenait, même si je ne comprends trop comment ! En tout cas, pour l'instant, il m'est encore vital de le croire.

Michel Lecorps